L'histoire de la Maison Carréé

La maison carrée

La Maison Carrée, comptant parmi les temples romains les mieux conservés, est un véritable chef- d’œuvre de l’architecture antique. Érigé au cœur du forum de Nemausus au début du ler siècle, il témoigne de la grandeur et du raffinement de la cité à l’époque impériale. Sa conservation exceptionnelle, lui a valu son inscription en 2023 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, consacrant ainsi sa valeur universelle.

Un temple pour l’empire : Architecture et symbolique

La Maison Carree s’inscrit au cour d’un vaste espace public de 145 metres sur 65, le forum, veritablecentre névralgique de la cité romaine. Lieu de convergence des activités politiques, économiques, judiciaires et religieuses, il rassemblait toutes les strates de la société. Entouré de portiques àcolonnades et faisant face à la Curie, probable siège du Senat local, le temple affirme avec force la présence et l’autorité de Rome au sein de la colonie.

Inspirée notamment du temple de Mars Ultor sur le forum impérial à Rome, la Maison Carrée constitueun exemple remarquable de l’ordre corinthien. Éleve sur un haut podium, l’édifice mesure 26 mètres de long, 15 metres de large et 17 metres de haut.

De type hexastyle, c’est-à-dire présentant six colonnes en facade, le temple est également qualifié depseudo-périptère. Il est accessible par un escalier de quinze marches ouvrant sur un pronaos, espace ouvert encadré de colonnes, tandis que la cella, partie fermée, constitue la salle intérieure. Seules les colonnes du pronaos sont libres, les autres étant engagées dans les murs de l’édifice.

Trente colonnes cannelées, surmontées de chapiteaux finement sculptés de feuilles d’acanthe, rythment ainsi son élévation. Construit en pierre calcaire issue de carrières locales, le temple était réservé aux prêtres et aux prêtresses, il demeurait inaccessible au public. Les sacrifices et offrandes se déroulaient quant à eux à l’exterieur, devant le temple, sur un autel place face a la facade sacree.

Un Hommage aux Princes de la Jeunesse : Caius et Lucius Caesar

Le temple, édifié en l’an 4 après J .- C. sous le règne d’Auguste, était dedié à l’empereur ainsi qu’à ses deux petits-fils et héritiers adoptifs, Caius et Lucius Caesar. L’inscription en lettres de bronze qui figurait sur le fronton, aujourd’hui disparue mais reconstituée en 1758 par l’érudit nîmois Jean-François Séguier, en témoigne : « À Caius César, fils d’Auguste, consul ; et à Lucius César, fils d’Auguste, consul désigné, princes de la jeunesse. »

Morts prématurément, les deux princes ne parvinrent jamais à régner. Ce monument témoigne néanmoins de la fidélité de Nîmes à l’empereur Auguste et à son gendre Agrippa, considéré comme le protecteur de la colonie.

Il constitue l’un des plus anciens et des mieux conservés témoignages du culte impérial, qui se développe dès le ler siècle de notre ère et élève l’empereur ainsi que sa famille au rang divin après leur mort. Ce nouveau culte s’ajoutait aux cultes traditionnels des divinités romaines, auxquels étaient consacrés de nombreux temples destinés à leur rendre hommage.

Du sanctuaire romain au monument contemporain

La conservation exceptionnelle de la Maison Carree tient a son usage ininterrompu au fil des siècles. Elle fut successivement transformée en demeure privée puis en bâtiment à usage public, accueillant notamment un couvent de moines augustins. Chaque nouvelle fonction, bien qu’elle ait parfois altéré l’édifice, a paradoxalement contribué à sa préservation.

Le décor sculpté y est d’une richesse exceptionnelle. L’architrave est ornée d’une frise de rinceaux de feuilles d’acanthe animee d’oiseaux. Ce traitement naturaliste et luxuriant symbolise l’abondance et la prospérité garanties par la Pax Romana, considérée comme l’âge d’or de l’Empire romain.

PARTIR DU BON PIED

Le chiffre de quinze marches pour l’escalier n’est pas le fruit du hasard et rappelle le caractère très ritualiste de la religion romaine. Il permet aux prêtres du culte de poser le pied droit sur la première marche et d’arriver avec le même pied en haut de l’escalier. Cette disposition évite ainsi de commencer (ou de terminer) la montée (ou la descente) par le pied gauche (sinister), qui est de mauvais augure.

UN MANIFESTE DE FIDÉLITÉ À LA FAMILLE IMPÉRIALE

La Maison Carrée a été dédiée aux petits-fils et fils adoptifs de l’empereur Auguste, les enfants de sa fille Julie, et de son gendre Agrippa. Ce dernier est aussi gouverneur (proconsul) de Narbonnaise en 20 av. J.-C. et il devient sans doute à cette époque le patron et protecteur de Nîmes.
Le fait que les deux fils d’Agrippa soient désignés comme les successeurs d’Auguste est de bon augure pour Nîmes qui aurait alors une place de choix dans l’Empire. Mais l’histoire en a décidé autrement.
En l’an 2, Lucius, le plus jeune de ces deux princes meurt à Marseille. En l’an 4, Caius meurt à son tour à vingt-trois ans. L’annonce de la mort des petits-fils d’Auguste a profondément touché les Nîmois.
En signe de leur attachement, ils dédicacent le temple du forum aux princes de la jeunesse. Ils fixent alors sur l’entablement nord du temple une inscription en belles lettres de bronze doré.

LE CULTE IMPÉRIAL, CIMENT D’UN EMPIRE MOSAÏQUE

Le culte impérial revêt la forme de cérémonies officielles très ritualisées. Les prêtres qui officient dans ce cadre sont des notables désignés par la cité. Ils sont tenus d’organiser des fêtes accompagnées de grands banquets et de combats de gladiateurs offerts sur leurs propres deniers. Le grand prêtre (flamine) est responsable de ce culte. Un collège de six Augustales ou « sevirs augustaux » prend également part au culte impérial. Choisis parmi les plus riches affranchis de la cité, ces descendants d’esclaves bénéficient ainsi d’une ascension sociale. Le culte des impératrices (Augustae) est également assuré par une grande prêtresse (flaminique). Même si elle est purement honorifique, c’est la seule fonction officielle réservée à une femme dans une cité romaine.

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